lundi 15 janvier 2007

Les bonnes nouvelles du début d'année

Voilà ce que l'on peut lire en premier titre sur le site du monde aujourd'hui:
"En France, la recherche manque de performances, pas d'argent" ... je me dis alors qu'ils ne manquent pas d'air...
Ensuite je lis l'article, qui nous explique que le problème n'est pas l'argent mais la valorisation de la recherche.

Alors il y a plusieurs choses à dire. La première est que le titre est quelque peu mensonger. En effet, ce que le lecteur lambda retiendra si il ne lit pas l'article sera que la recherche en France n'est pas assez performante et qu'elle coûte cher au contribuable.
Celui qui lira l'article comprendra que le problème ne provient pas de la qualité de la recherche mais de sa difficulté à "vendre" ses résultats ou le fruit de son travail.

Là arrive le deuxième point que j'aimerais soulever. On nous explique que la recherche ne manque pas d'argent mais que le problème est qu'elle ne parvient pas à se faire valoriser. Autrement dit, la recherche n'a pas besoin d'argent, mais son problème est qu'elle n'arrive pas à en trouver suffisamment, le comble. La recherche est une voie de luxe, les chercheurs ne seront donc jamais rassasiés, c'est cela?

Non, bien évidemment. En réalité, il s'agit d'argent public. La recherche manque d'argent "tout court", mais elle ne manque pas d'argent public, relativement à nos confrères européens.

Bon, ensuite le message est quelque peu caricatural, on nous parle de partenariats, de créations d'entreprise ou de brevets ... Aucune mention n'est faite de la diversité de la recherche. Il va de soi que ces propos s'appliquent bien à la recherche appliquée dans un certain nombre de domaines. Mais il va aussi de soi que cela n'est pas recevable pour des domaines comme, par exemple, la philosophie.

Je vois mal une entreprise venir démarcher un chercheur en philo en lui disant qu'elle est prête à financer son travail. Je ne parle pas du brevet ou encore de la création d'entreprise.

Deuxièmement, apparemment il est à peine fait mention du rôle des entreprises. Tout le monde sait qu'en France, les entreprises sont frileuses vis-à-vis de la recherche, et du monde universitaire.

Au-delà de cela, il y a une dimension qui est largement négligée. L'usage de cet argent public. Ce n'est pas parce qu'il est donné en grande quantité qu'il est efficace. Un exemple? Pour rebondir sur les propos tenus dans le rapport mentionné dans l'article. Pour obtenir un partenariat avec une entreprise, il est nécessaire de construire un budget très détaillé, il y a une quantité pharaonique de paperasses à rédiger ou remplir. Dans le cas d'un contrat européen, c'est la même situation. Or, les centres de recherches publics ne sont, pour la plupart, pas dotés d'une structure les assistants dans la préparation des dossiers sur les contrats européens ou d'éventuels partenariats. Ou alors, lorsqu'elle existe, cette structure est atrophiée.

Enfin, une dernière chose à ajouter. Il est dit que, pour ce qui est de l'embauche en entreprise, il y a une "tradition" qui veut que les ingénieurs embauchent des ingénieurs, et que cela ne favorise pas la recherche universitaire. Mais cela est également vrai pour les partenariats. Ce n'est pas un hasard si les écoles d'ingénieurs représentent les 2/3 des partenariats ... (d'après les chiffres donnés dans l'article). Les réseaux de financements ne sont pas publics. On peut ajouter à ce titre, le problème de la taxe professionnelle, trustée en grande majorité par les écoles qui communiquent auprès de leurs anciens élèves pour qu'ils leur obtiennent une part du gâteau. Les 3ème cycles universitaires sont incapables de faire cela, les anciens de ceux-ci n'y pensent pas, dans le meilleur des cas, s'en foutent, le plus souvent. Or, cet argent aussi la recherche universitaire en aurait bien besoin!

Voilà, c'était bien sûr une réaction "à chaud". Il y a sûrement des imprécisions dans mes propos, je vous invite à rebondir sur la question et à apporter des précisions lorsque nécessaires ;o)